La guerre russo-ukrainienne et la menace de la désunion européenne

Le HuffingtonPost, 5 février 2015, Strade, 6 février 2015

Sur fond de recrudescence des combats en Ukraine, on assiste à une multiplication des signes de division au sein de l’Union européenne. Au cours des dernières semaines, le Premier ministre hongrois a annoncé son soutien au nouveau projet de gazoduc devant relier la Russie à la Turquie et auquel les Européens seraient sommés de se raccorder, renonçant du même coup aux connections via l’Ukraine. Viktor Orban s’apprêterait par ailleurs à recevoir prochainement le président russe à Budapest. Miloš Zeman, le président tchèque, continue lui aussi à afficher sa différence, en soutenant mordicus que le Kremlin n’est pas impliqué dans le Donbass. La France, de son côté, a mené des négociations bilatérales avec la Russie pour rétablir les exportations de viande porcine suspendues depuis le boycott russe des produits agro-alimentaires en provenance de l’Union européenne. Robert Fico, le Premier ministre slovaque ne se départit pas d’une certaine compréhension à l’égard de Moscou tandis que Sofia est soumise à une énorme pression, en raison notamment des importants investissements russes en Bulgarie. Beaucoup plus inquiétant, l’arrivée au pouvoir de Syriza et du Parti des Grecs indépendants (ANEL) a jeté une lumière crue sur l’étendue des liens tissés entre des personnalités de premier plan de ces deux partis et des personnalités russes connues pour le rôle important qu’elles jouent dans la mise en œuvre du projet impérial de Vladimir Poutine. Lire la suite

Ukraine – let’s think European

Bernard Barthalay 1, Olivier Dupuis

Le HuffingtonPost.fr, 26 September 2014, Strade, 29 September 2014, GeoPolitica, December 2014

One of the most distressing aspects of the way the situation in Ukraine is dealt with is the regularity with which the fundamental nature of the aggressor’s political regime is ignored. Today’s Russia is certainly not Stalin’s – or even Brezhnev’s – USSR, nor is it Nazi Germany, Italy in Fascist times or even Bolshevik-Confucian China. It is a bit of everything and, at the same time, “completely different”. It is a new type of power, surprisingly modern, which has replaced the single party system – the former regime’s central structure – by structures of force (primarily intelligence services) while gradually depriving the democratic structures that were introduced in the 1990s of their substance. Lire la suite

Notes:

  1. emeritus professor at the Lumière (Lyon2) University, Jean Monnet chair of European Integration Economics, President of Puissance Europe/Weltmacht Europa.

Ukraine : penser européen

Bernard Barthalay 1, Olivier Dupuis

Le HuffingtonPost.fr, 26 septembre 2014, Strade, 29 septembre 2014, GeoPolitica, décembre 2014

Un des éléments les plus consternants dans la manière dont l’affaire ukrainienne est généralement abordée, c’est la constance avec laquelle la question de la nature fondamentale du régime politique du pays agresseur est occultée. Certes la Russie d’aujourd’hui n’est pas l’Urss stalinienne ni même brejnévienne, ni l’Allemagne nazie, ni l’Italie fasciste, ni non plus la Chine bolchévique-confucéenne. C’est un peu de tout ça et c’est, en même temps, « tout autre chose ». Un pouvoir d’un type nouveau, étonnamment moderne, qui a remplacé le parti unique, structure centrale du régime précédent, par les structures de force (services secrets en premier lieu), en vidant progressivement les structures démocratiques des années 90 de leur substance. Lire la suite

Notes:

  1. professeur émérite à l’Université Lumière (Lyon 2), chaire Jean Monnet d’économie de l’intégration européenne, président de Puissance Europe/Weltmacht Europa

Mistrals to defend Europe

Le HuffingtonPost, 8 août 2014, Strade, 8 août 2014

Non-existence of a European strategy: Act 1. In April 2008, at the NATO summit in Bucharest, France and Germany opposed the integration of Georgia into NATO. A few months later, the Russian army invaded South Ossetia and marched towards Tbilisi, the Georgian capital. The offensive stopped suddenly.

Was it the result of the (some would say late) intervention of Nicolas Sarkozy, President of the EU at the time, or the consequence of a previous effort of American diplomacy? The question remains unanswered. Nevertheless, by recognizing the independence of South Ossetia and Abkhazia, the Russian authorities carried out the integration/annexation of these two territories under another guise.

Shortly after that, in 2011, President Sarkozy – in spite of insistent warnings 1 – decided to sell two Mistral-class assault carriers to Russia. Lire la suite

Notes:

  1. Mostly from philosopher André Glucksmann

Les Mistrals pour la défense de l’Europe

Le HuffingtonPost, 8 août 2014, Strade, 8 août 2014

Inexistence stratégique de l’Europe, Acte 1. En avril 2008 au sommet de l’Otan à Bucarest, la France et l’Allemagne s’opposent à nouveau à l’intégration de la Géorgie dans l’alliance atlantique. Quelques mois plus tard, l’armée russe entre en Ossétie du Sud et avance vers Tbilissi, la capitale géorgienne. Pourtant soudainement l’offensive s’arrête. Etait-ce grâce à la médiation (tardive selon certains observateurs) de Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne, ou en raison d’une précédente intervention diplomatique américaine ? La question demeure. Il reste qu’en reconnaissant les « indépendances » de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, les autorités russes ont procédé à une intégration-annexion qui ne dit pas son nom de ces deux territoires. Il reste également que quelque temps plus tard, en 2011, le Président Sarkozy a décidé, en dépit de pressantes mises en garde 1, de la vente de deux navires de projection et de commandement de type Mistral à la Russie. Lire la suite

Notes:

  1. Notamment de la part du philosophe André Glucksmann